Crise du carburant au Mali : La prophétie autoréalisatrice perdure la pénurie
Depuis plusieurs mois, le Mali est confronté à une crise récurrente du carburant, en grande partie liée aux attaques djihadistes ciblant les citernes d’approvisionnement et les axes routiers stratégiques. Ces attaques perturbent gravement la chaîne logistique de distribution du carburant, notamment sur les corridors reliant le pays aux ports d’importation (Bamako-Dakar ou Bamako-Abidjan). Toutefois, au-delà des causes sécuritaires, un autre facteur joue un rôle déterminant dans l’aggravation de la situation : la peur collective d’être à court de carburant.
Malgré les efforts immenses des autorités et des opérateurs économiques pour approvisionner le pays en ce qu’il convient d’appeler aujourd’hui l’or liquide (carburant), des files interminables de véhicules et de motos s’étirent sur plusieurs centaines de mètres, pendant des heures, voire des jours entières. Automobilistes, transporteurs, mototaxis et particuliers cherchent à faire le plein au plus vite, souvent au-delà de leurs besoins immédiats, par crainte de ne plus pouvoir s’approvisionner ultérieurement.
Ce comportement, bien que compréhensible dans un contexte d’incertitude, contribue paradoxalement à accélérer l’épuisement des stocks disponibles. Des stations qui auraient pu fonctionner normalement sur plusieurs jours se retrouvent à sec en quelques heures. Le phénomène illustre parfaitement ce que les économistes appellent une prophétie autoréalisatrice : la peur d’une pénurie provoque des comportements qui finissent par créer la pénurie redoutée.
En plus de la peur d’une pénurie, un véritable business s’est créé autour de la crise du carburant. Certains profitent pour constituer des stocks importants pour ensuite revendre le carburant à prix d’or. Dans plusieurs localités du pays, les spéculateurs revendent le carburant à des prix largement supérieurs aux tarifs officiels.
Les conséquences sont lourdes pour la population. Les prix du transport augmentent, certaines activités économiques ralentissent ou s’arrêtent, et les ménages les plus vulnérables sont les premiers touchés.
Pour de nombreux Maliens, l’expérience répétée des pénuries passées renforce l’idée qu’il vaut mieux stocker tant que cela est possible, même si cette stratégie collective s’avère contre productive peut avoir des conséquences dévastatrices si le liquide inflammable est mal conservé.
Il apparait donc clair que la crise du carburant au Mali ne repose pas uniquement sur des facteurs sécuritaires ou logistiques. Elle est aussi psychologique et sociale. Tant que la peur dominera la confiance, chaque annonce de perturbation risque de déclencher un mouvement de panique, transformant une tension passagère en pénurie réelle.
D.T Konaté
Source: L’Investigateur
