L’Alliance des Etats du Sahel : Comprendre ses choix et leurs impacts politiques, économiques, sécuritaires et sociaux
L’Alliance des Etats du Sahel, créée par le Mali, le Burkina-Faso et le Niger est la concrétisation d’une volonté historique de souveraineté, de stabilité et d’intégration profonde ; une volonté commune de poser les bases d’un espace politique nouveau, solide. Elle est fondée sur trois bases fondamentales, appelées les trois ‘’D’’ : Défense, Diplomatie, Développement. L’AES incarne le rejet de l’ingérence extérieure et une affirmation de souveraineté retrouvée.
Le rejet du néocolonialisme et la volonté des pays du Sahel d’être souverains est à l’origine du divorce entre l’Alliance des Etats du Sahel, la CEDEAO et la France.
Cette crise a accentué le déferlement vers les ressources extractives stratégiques des pays africains, particulièrement le Mali, le Niger et le Burkina Faso. Selon M. Kassim Konaté, spécialiste des relations internationales, « d’un point de vue géostratégique les trois pays de l’Alliance des Etats du Sahel, à savoir le Mali, le Burkina-Faso et le Niger représentant 2,75 millions de Km², ont un impact majeur dans les échanges mondiaux en ce que leurs terres sont riches en ressources. Le sahel est doté de potentiel énorme en énergie renouvelable, et possède une capacité de production d’énergie solaire parmi les plus élevées au monde ».
Michel Galy, professeur géopolitique à l’institut d’étude des relations internationales (ILERI) et chercheur au centre d’étude sur les conflits, soulignait dans son ouvrage « comprendre la crise au sahel et au Sahara », que le sahel serait « l’illustration d’une nouvelle stratégie géopolitique de préservation des aires d’influence ».
En effet, force est de constater que la géopolitique tourne en rond autour de l’espace sahélien. Même s’il est vrai que la zone sahélienne dite « des trois frontières » en particulier, est connue pour être l’une des régions la plus pauvre au monde, mais la richesse du sous-sol, en ressources énergétiques (pétrole, gaz, uranium, hydrogène…) et ressources minières (minerais stratégiques et critique…) fait de la région « un espace de convoitise » qui « attise les appétits des grandes groupes internationaux », comme l’a anticipé le journal « l’humanité » du 10 Janvier 2011.
Ainsi, le retrait des pays de l’AES de la CEDEAO est une opportunité de raffermir des relations d’amitié et de coopération mutuellement avantageuse avec des partenaires, que d’autres appellent coopération « gagnant –gagnant », qu’il s’agisse de la Russie, de la Chine, de la Turquie, du BRICS, etc…, actuels partenaires privilégiés des Etats de l’AES, ou des accords bilatéraux, multilatéraux, avec d’autres organisations ou pays voisins.
Défis et perspectives de l’AES
Pour les trois états du sahel, c’est une grande chance pour repartir du bon pied vers la souveraineté entière sans influence de l’extérieure. Nathaniel Olympio, président du cercle d’études stratégiques sur l’Afrique de l’ouest, affirmait que « la création de l’Alliance des Etats du Sahel(AES) découle des sanctions, d’une préoccupation sécuritaire propre aux trois pays et de la menace d’intervention militaire de la CEDEAO au Niger ».
L’Objectif de l’AES va donc bien au-delà de l’intégration économique que poursuit la CEDEAO. Les dirigeants des trois Etats mettent habillement en avant la défense de la souveraineté de leur pays et la fin de l’intervention avérée des puissances extérieures dans leurs affaires intérieures.
Au-delà de la consécration de la chaine de communication (télévision et radiodiffusion) et la banque d’investissement inaugurées récemment, les défis et perspectives restent entre autres : la création d’une monnaie unique d’échanges ; la réorientation des objectifs du développement sahélien ; l’augmentation des deux facteurs principaux de production ‘’travail’’, ‘’capital’’, la protection de l’écosystème sahélien contre les défis liés au changement climatique selon l’expert M. Kassim Konaté.
Toujours au dire de M. Konaté, les dirigeants de l’AES doivent mettre l’accent sur la réforme du système éducatif sahélien ; la promotion des investissements ; l’uniformisation des règles juridiques en vue d’accroitre la sécurité juridique et la mise en place des stratégies d’innovation, de technologie et de coopération. En plus de ces pistes, l’expert du sahel M. Mohamed Abdellahi Elkhalil a souligné trois facteurs pour la survie de la confédération : la réussite sécuritaire, la résilience économique ainsi que la cohésion interne. Il a aussi soulevé la lenteur entre les déclarations ambitieuse et de la mise en œuvre. Toujours selon le spécialiste, l’AES fonctionne de plus en plus comme un directoire à trois têtes avec des rôles complémentaires et peut attirer de potentiels candidats.
Entre idéologie souverainiste et chorégraphie institutionnel
Sur le plan symbolique et politique le rythme est rapide et percutant. Les annonces communes, les sommets successifs, les ruptures d’accord créent une dynamique visible.
Sur le plan institutionnel, la partition est encore en cours d’écriture. Le passage d’une alliance à une confédération est un saut juridique et politique immense. La structure concrète (parlement confédéral, cour de justice, politiques intégré) sont à construire. En ce qui concerne le volet économique et financier, sortir du franc CFA, créer des systèmes bancaires et financiers autonomes, relancer les échanges commerciaux en contournant les voies traditionnelles. Ces mélodies sont complexes à jouer et nécessitent une harmonisation parfaite, encore loin d’être acquise. Si le sentiment souverainiste est une réponse à une attente politique, la population attendra des résultats tangibles.
Selon l’expert du droit international, l’AES pourra être un nouvel horizon géopolitique mondial et régional, si les dirigeants tirent leçons des erreurs commises par les autres organisations dans lesquelles leurs pays étaient membres, en l’occurrence la CEDEAO. Cela ne suffit pas, il faut des institutions fortes pour former des hommes forts car, la gestion des ressources humaines est ce qui fonde un pays fort et résilient. Il faut investir dans la formation, l’éducation, la santé, la sécurité et concevoir des projets de développement selon les attentes des populations tout en restant dans la course de la mondialisation.
En définitive l’AES est une réponse radicale et historique à une crise de légitimité profonde des ordres sécuritaires et politique précédents au sahel. Elle a déjà changé de donne géopolitique régionale. Actuellement elle navigue entre l’opportunité de créer un nouveau modèle de coopération autocentré et le risque de l’échec face à des défis colossaux. Cependant, sa pérennité sera un acquis tant que les trois leaders continuent de se consulter et de se faire confiance.
Djeneba Sidibé
Datanewsmali.ml
