Géostratégie et défense d’intérêts économiques : L’ordre mondial de 1945 se meurt !
Les puissances victorieuses, à la suite de la 2è guerre mondiale, ont mis en place un ordre mondial pour prévenir les conflits majeurs, stabiliser les relations internationales et encadrer la reconstruction économique et politique. Cependant, soixante-dix ans après, les mutations géopolitiques, économiques et technologiques contemporaines mettent dangereusement les fondements de cet équilibre à l’épreuve.
A la fin du conflit le plus meurtrier de l’histoire, les grandes puissances victorieuses ont cherché à bâtir un système capable d’éviter le retour d’une guerre mondiale. De cette ambition sont nées des institutions centrales telles que l’Organisation des Nations unies, le Fonds monétaire international ou encore la Banque mondiale. L’objectif était clair : encadrer les relations internationales par des règles communes, favoriser la coopération économique et assurer la sécurité collective.
Pendant plusieurs décennies, cet ordre mondial s’est structuré autour d’un équilibre des puissances dominé par la rivalité entre les États-Unis et l’Union soviétique. La Guerre froide, malgré ses tensions extrêmes, a paradoxalement assuré une certaine stabilité grâce à la dissuasion nucléaire et à la bipolarisation du monde. L’effondrement de l’URSS en 1991 a ensuite ouvert une phase de domination américaine, marquée par l’extension du libéralisme économique et politique.
Cependant, cet ordre unipolaire n’a pas résisté aux transformations profondes du XXIᵉ siècle. La montée en puissance de nouveaux acteurs, au premier rang desquels la Chine, remet en question la hiérarchie internationale établie. Pékin conteste désormais l’hégémonie américaine, notamment en Asie-Pacifique, tout en proposant des cadres alternatifs de coopération économique et financière. D’autres pays émergents, comme l’Inde ou le Brésil, réclament également une place plus importante dans la gouvernance mondiale.
Parallèlement, les institutions issues de 1945 apparaissent de plus en plus impuissantes face aux crises contemporaines. Le Conseil de sécurité de l’ONU, souvent paralysé par le jeu des vétos, peine à répondre efficacement aux conflits armés. Le multilatéralisme est fragilisé par le retour de politiques nationales plus affirmées, parfois ouvertement hostiles aux règles internationales.
Les défis géostratégiques se multiplient et se complexifient. Aux conflits interétatiques traditionnels s’ajoutent des guerres hybrides, le terrorisme international, les cyberattaques et la militarisation de nouveaux espaces comme le cyberespace.
De l’opération spéciale interminable des Russes en Ukraine en passant par la guerre en Syrie, en l’Iran, l’Irak, la capture du président Vénézuélien par l’administration Trump, la déstabilisation de la Libye, le terrorisme dans le Sahel (Mali, Niger et le Burkina Faso, conflits régionaux complexes au Soudan, la Somalie, la RDC etc. Ces tensions impliquent des conflits directs et des ingérences de puissances étrangères.
Face à ces évolutions, une question centrale demeure : l’ordre mondial d’après-guerre peut-il encore répondre aux enjeux actuels ? S’il reste un cadre de référence essentiel, son inadéquation croissante avec les réalités géopolitiques alimente les risques d’un monde plus fragmenté et instable. La réforme des institutions internationales et l’adaptation des règles du jeu mondial apparaissent désormais comme des impératifs pour éviter que la contestation de l’ordre établi ne se traduise par une multiplication des conflits.
Il est donc indéniable de parvenir à un nouvel ordre en prenant en compte des nouveaux rapports de force. L’avenir de la stabilité internationale dépend de cette capacité des États à repenser ce système qui se meurt.
Alamoko Coulibaly
